Les informations essentielles
Apple a déposé le 10 juillet 2026 une plainte de 41 pages devant le tribunal fédéral du district nord de Californie, division de San Jose. L’affaire porte le numéro 5:26-cv-07078 et réclame un procès devant jury. Les défendeurs sont les anciens salariés Chang Liu et Tang Yew Tan, les entités OpenAI Foundation et OpenAI Group PBC, ainsi que io Products. Jony Ive n’est pas personnellement défendeur. Le document formule six demandes : quatre pour détournement présumé de secrets industriels au titre du droit fédéral, puis deux pour rupture de l’accord de propriété intellectuelle signé par chacun des anciens employés.
Il faut distinguer la date de l’événement de celle de sa confirmation médiatique. Le dépôt judiciaire a eu lieu vendredi 10 juillet ; Reuters l’a signalé le même jour et Associated Press a publié sa vérification indépendante le 11 juillet. Cette dernière confirmation justifie d’examiner le dossier dans une veille de 72 heures. OpenAI indique examiner la plainte, affirme ne pas s’intéresser aux secrets industriels d’autres entreprises et dit rester concentré sur ses propres innovations. Au 12 juillet, aucune décision sur le fond, injonction ou réponse judiciaire détaillée des défendeurs n’est publiée.

Ce qu’Apple reproche aux anciens cadres
Les faits qui suivent sont des allégations d’Apple, pas des conclusions judiciaires. Chang Liu, ancien ingénieur électrique senior de l’iPhone pendant plus de huit ans, aurait quitté Apple le 22 janvier 2026 sans restituer son Mac professionnel. La société affirme qu’il a ensuite découvert et exploité, le 9 février, une vulnérabilité d’authentification donnant accès à un stockage interne, puis téléchargé des dizaines de fichiers représentant plus de mille pages. Apple dit avoir corrigé cette faille. Rien dans la plainte ne la présente comme une vulnérabilité de l’iPhone ou comme un défaut exposant directement les utilisateurs du téléphone.
Tang Yew Tan a passé vingt-quatre ans chez Apple, jusqu’à devenir vice-président du design produit pour l’iPhone et l’Apple Watch, avant de rejoindre OpenAI comme directeur hardware. Apple lui reproche d’avoir révélé des noms de code internes pendant des entretiens et décrit une méthode de recrutement où des candidats auraient été invités à présenter des pièces réelles, des schémas, des simulations, des fournisseurs ou des prototypes issus de leurs précédents travaux. Le groupe cite plus de quatre cents anciens salariés d’Apple désormais chez OpenAI, mais la mobilité professionnelle n’est pas illégale en elle-même. Le litige vise l’acquisition et l’usage supposés d’informations protégées, qui doivent encore être prouvés.

Un enjeu direct pour le futur hardware d’OpenAI
Apple demande au tribunal d’empêcher la possession, l’utilisation ou la divulgation de ses secrets, d’ordonner la conservation des preuves et le retour de ses biens, puis d’accorder des dommages correspondant notamment à la perte réelle, à l’enrichissement injustifié ou à une redevance raisonnable. Elle réclame aussi, si les conditions légales sont réunies, des dommages exemplaires, des intérêts et ses frais d’avocat. Aucun montant n’est chiffré. La plainte ne demande pas explicitement de séparer OpenAI de io, d’interdire tout recrutement chez Apple ou de détruire un produit déterminé.
L’enjeu technologique est néanmoins concret. OpenAI a intégré en 2025 la société io fondée autour de Jony Ive pour construire une nouvelle famille d’appareils d’intelligence artificielle. Si Apple établissait qu’un élément de cette conception dépend d’un secret détourné, une injonction pourrait imposer l’isolement de documents, une analyse indépendante de la chaîne de développement, la requalification de certains fournisseurs ou la refonte de composants. Ce sont des conséquences possibles, pas des mesures déjà ordonnées. Aucun produit concerné n’a actuellement de fiche technique, de prix public ou de date de disponibilité permettant de mesurer un retard.

Ce qui est établi et ce qui ne l’est pas
À ce stade, les faits établis sont limités : Apple a engagé une action civile, les anciens salariés ont rejoint l’écosystème OpenAI et le dossier détaille les informations que le plaignant dit avoir retrouvées dans ses systèmes. Le tribunal doit encore déterminer si ces informations constituent juridiquement des secrets industriels, si elles ont été obtenues ou utilisées sans droit et si OpenAI ou io en ont tiré profit. Le vocabulaire doit donc rester précis : Apple accuse, OpenAI conteste, et aucune culpabilité n’est prononcée. Les personnes citées qui n’ont pas répondu publiquement ne doivent pas être présentées comme ayant admis les faits.
La collaboration existante entre Apple et OpenAI autour de ChatGPT dans Apple Intelligence n’est pas l’objet de cette plainte. Apple l’avait annoncée en juin 2024 comme une intégration optionnelle aux systèmes de l’iPhone, de l’iPad et du Mac ; le nouveau dossier cible les secrets présumés de conception matérielle. Il n’établit donc ni rupture de ce partenariat logiciel, ni changement immédiat pour les utilisateurs. Pour la suite, les éléments réellement décisifs seront la réponse formelle des défendeurs, d’éventuelles demandes d’injonction, puis la manière dont le juge délimitera les secrets revendiqués sans les exposer publiquement.


