Quatre ans pour ajouter de l’offre, pas quatre ans de hausse garantie

K.S. Pua, président de Phison, a expliqué au Commercial Times que l’écart actuel entre l’offre et la demande de mémoire NAND ne peut pas être résorbé rapidement. Selon lui, il faut environ quatre ans entre la décision d’investir dans une nouvelle usine et l’arrivée d’une production significative. DIGITIMES et PC Gamer ont relayé cette estimation le 17 août, dans la fenêtre éditoriale actuelle.

Le sens exact de cette déclaration compte. Phison ne publie pas une courbe de prix garantissant que tous les SSD coûteront davantage chaque trimestre jusqu’en 2030. L’entreprise décrit le délai industriel nécessaire pour construire, équiper, qualifier puis augmenter le rendement d’une capacité de fabrication. Les prix peuvent encore varier avec les stocks, les contrats, la demande et le type de NAND avant que cette nouvelle offre arrive.

La société avait déjà indiqué dans ses résultats de juin que l’approvisionnement restait serré, sans calendrier clair d’assouplissement, et que la visibilité des commandes liées aux fournisseurs cloud et à l’IA s’étendait jusqu’au premier semestre 2027. Les nouveaux propos apportent une explication structurelle : même si les fabricants décident maintenant d’investir davantage, la réponse physique ne peut pas être immédiate.

L’IA et les clients professionnels passent devant le grand public

La NAND sert aux SSD de PC et de consoles, mais aussi aux capacités massives exigées par les centres de données. L’entraînement et l’inférence des modèles d’IA déplacent de grands volumes de données et poussent les opérateurs à commander des SSD d’entreprise à forte capacité. Pour les fabricants, ces contrats sont souvent plus prévisibles et plus rémunérateurs que les références vendues au détail.

SSD NVMe Samsung 990 PRO présenté officiellement avec son dissipateur thermique.
Les SSD gaming utilisent la même base NAND que des marchés professionnels désormais prioritaires, même si leurs contrôleurs et usages diffèrent.

Phison reflète ce changement dans sa propre activité. Dans son communiqué financier, l’entreprise indique que le commerce de détail n’est plus son axe stratégique principal et qu’elle s’attend à ce qu’il représente moins de 5 % de son chiffre d’affaires. Elle met davantage l’accent sur les contrôleurs d’entreprise, l’embarqué et les applications industrielles. Cela ne signifie pas qu’elle abandonne les SSD grand public, mais que ce segment pèse moins dans ses priorités.

Pour un acheteur, cette réorientation peut réduire la capacité du marché à absorber rapidement une poussée de demande. Elle ne permet cependant pas d’attribuer chaque variation de prix à l’IA. Le cours des monnaies, la génération de NAND, le rendement des usines, les promotions des distributeurs et la transition entre contrôleurs PCIe influencent aussi fortement le tarif final.

Le calendrier des nouvelles usines confirme l’inertie

Le projet M17 de SK hynix donne un exemple concret du délai évoqué. Le fabricant prévoit de commencer la construction de ce site NAND en 2027, puis de lancer la production au premier semestre 2029. Il annonce un investissement total de 80 000 milliards de wons sur la durée du projet. Entre la décision, le chantier et les volumes réellement disponibles, plusieurs années s’écoulent donc avant un effet possible sur le marché.

SSD NVMe gaming Sabrent Rocket 4 Plus-G présenté officiellement avec son dissipateur.
Les performances d’un SSD dépendent aussi du contrôleur, du firmware et de l’interface ; la tension sur la NAND n’annule pas ces différences techniques.

Une usine annoncée n’apporte pas immédiatement sa capacité nominale. Les équipements doivent être installés, les procédés qualifiés et les rendements améliorés avant une montée en cadence. Parallèlement, les fabricants font évoluer le nombre de couches et la densité par puce, ce qui peut accroître les bits produits sans construire une usine entièrement nouvelle. Le délai de quatre ans reste donc une indication industrielle générale, pas une horloge universelle applicable à chaque fournisseur.

La demande peut également se retourner plus vite que l’offre. Le marché NAND a historiquement alterné pénuries et excédents lorsque les fabricants ont investi simultanément ou lorsque les achats ont ralenti. Les engagements actuels des centres de données rendent un relâchement rapide moins évident, mais ils n’abolissent pas ce caractère cyclique.

Ce que les joueurs peuvent faire sans céder à l’urgence

Pour monter un PC ou étendre le stockage d’une console, l’information invite surtout à planifier. Un SSD nécessaire dans les prochains mois peut être acheté lorsqu’un modèle fiable atteint un prix cohérent, sans attendre automatiquement un retour aux minima observés lors des périodes de surproduction. À l’inverse, remplacer immédiatement un SSD fonctionnel par peur d’une hausse future reste difficile à justifier sans besoin réel de capacité.

Il faut comparer le coût par téraoctet, la garantie, l’endurance annoncée, la présence éventuelle de DRAM et les performances soutenues, pas seulement le débit séquentiel maximal. Pour une bibliothèque de jeux, un bon SSD PCIe 4.0 peut rester plus rationnel qu’un modèle PCIe 5.0 onéreux. Sur PlayStation 5, le dissipateur et les dimensions comptent ; sur PC, la compatibilité de la carte mère et le refroidissement déterminent le bénéfice réel.

Les inconnues restent nombreuses : rythme exact des commandes IA, capacité supplémentaire des différents fabricants, évolution des stocks et réactions de la demande grand public. Le constat vérifié est que l’offre NAND demande des années pour s’ajuster et que les clients professionnels captent une part croissante de la production. Il soutient une vigilance sur les prix des SSD, mais pas une prédiction certaine et uniforme jusqu’en 2030.